Introduction ENG

Written by Cédric - 16 june 2013


Cédric Noël is a visual artist interested in the nature of images, and more specifically in the mental processes involved in the production and the reception of an image. His work is inspired by methods used in the scientific field of research, which he reinvests, particularly through the observation of images from news stories, cinema, and advertisements, whose impact on the brain is defined by statistical measurements. Cédric Noël is representing his relation to the world, misaligned and strange, made of drawings, videos, and installations organised around shapes and languages which place the spectator in front of a protean and sometimes supernatural universe. Often, the spectator is expected to take part, thus highlighting the fact that receiving an experience is also a step in its realisation.

Période de Retour FR

Written by Cédric - 25 may 2013


Extrait de Benoit Dusart pour Cédric Noël, à l'occasion de l'exposition Période de Retour, WE Project, Bruxelles, avril-mai 2013.




Laissons à nouveau la Nature nous abuser et réintroduisons l’idée d’authenticité. Qu’est-ce que l’authenticité sinon des choses, des êtres ou des principes absolument fidèles à eux-mêmes ? Cette fidélité est la sève de toutes les luttes. La confronter à l’Universalisme, voilà de quoi nous déchirer enfin ! Il faut à nouveau nous abandonner à l’invisible, mais aussi réapprendre à boire et à manger, courir, se battre et mourir. Autant de traces indicielles du Merveilleux que je désire nous promettre.




Réintroduire le Mal équivaut à s’émouvoir potentiellement de tout.




Il nous appartient de construire de nouveaux mots, de recompiler savamment notre amour du désir, d’étendre jusqu’à l’insu notre propre géographie. Cela passe par les mythes et la fiction. Un simple dessin pourra faire l’affaire. Nous toucherons à nouveau à l’idée de représentation.




Transcendance ?

L'Art Même N°53 FR

Written by Cédric - 04 december 2011

Parution au 4e trimestre 2011 (page 33)


 BIG BANG PÉRIODIQUE 


  Depuis le Prix de la Jeune Peinture Belge en 2007, CÉDRIC NOËL (Prix Langui) s’était fait trop rare. Cette relative discrétion ne doit pas masquer un travail qui, ces dernières années, à gagné en profondeur et en pertinence tant du point de vue formel que conceptuel. Les enjeux qui animent les œuvres de Cédric Noël sont ambitieux : dégager une suite de propositions plastiques et filmiques s’inscrivant dans une large réflexion sur le concept de représentation. Dans ce cadre, Big Bang périodique a valeur d’extrait ou de chapitre et s’inscrit telle une incise sur la surface vitrée de Lieux Communs, unique structure dédiée spécifiquement à l’art contemporain au centre ville de Namur.


 Partons de ce prédicat : l’animal humain tire sa spécificité du discours qui le lie au monde. L’accès au réel, concept admirable, se construit au gré de percepts, d’images mentales, et de représentations. Trop rapidement, on peut les scinder en deux catégories. Celles qui intègrent le jugement de valeur et celles qui le substituent au jugement de fait. C’est là la spécificité du moderne qui, depuis la fin du XVIIème siècle, s’est placé sous le triple régime d’une cosmogonie séparant Etre et Etant, fait et valeur, ordre naturel et désordre culturel1


La spécificité du travail de Cédric Noël (1978, vit et travaille à Bruxelles) est de s’instruire d’éléments appartenant au champ d’investigation des sciences de la nature. Il est relativement facile de mettre à jour le travail de médiation qui transforme une pissotière en chef-d’œuvre du XXème siècle2. Il est par contre moins aisé de mettre en lumière le parcours d’un fait dit naturel, a priori indépendant et autonome de toute intercession culturelle. La sociologie des sciences et l’épistémologie ont depuis quarante ans déconstruit cette idée pourtant solide : si la nature s’objective, ce n’est pas seulement en fonction des éléments mesurables qui caractérisent ses objets. C’est aussi, voire surtout, la conséquence d’accords sociaux portant sur des représentations causales assez valables que pour justifier une conférence, un article, ou, fin du fin, une entrée dans les manuels scolaires. Pas de nature sans processus d’institutionnalisation, pas d’objectivité sans accords, pas de fait découvert tel un cèpe attendant patiemment un glaneur à l’orée d’un bois. On relira Bachelard, Popper, Woolgar ou Latour3 pour s’en convaincre. La sociologie des sciences étant aussi populaire que les écrits de Thomas Kuhn4, on appréciera le renfort de l’art qui déporte ici, hors la sphère académique, une problématique au cœur de laquelle se jouent aussi des enjeux économiques et de pouvoir. C’est que, depuis Laboratorium5 en 1999, la question des liaisons, finalement assez incestueuses, entre pratiques scientifiques et artistiques était restée en sommeil. Des artistes comme Cédric Noël ou Koen Vanmechelen la réinvestissent aujourd’hui avec à propos, voire une certaine fulgurance. 


Trois images et une vidéo rythment les surfaces vitrées de l’aile droite de la gare de Namur. D’un format publicitaire, les images occultent la profondeur d’un lieu devenu la vitrine d’un press shop aux allures hallucinées rayonnant dans tout l’espace public. Il s’agit effectivement de couvertures d’un magazine qui, plus indiscret que Voici, déflore les mystères du cosmos tout en enquêtant sans pudeur sur le très inframince Boson de Higgs. Science et Vie est la bible de la vulgarisation et, pour cette rai- son, une revue aussi pédagogique que dogmatique. La Science au majuscule, détachée de tout enjeu politique et social, parle. Ou plutôt, comme énoncé dans le dernier numéro du magazine : c’est la matière même qui s’exprime... comme indépendamment des journalistes, des scientifiques, de leurs instruments et de leurs intérêts, voire d’un cadre paradigmatique. Dans cette perspective, l’objectivité est ce qui caractérise l’objet - jamais le regard de ses traducteurs. 


Car il s’agit toujours de traduction... donc de trahisons. Représenter en image le Big Bang, c’est faire du cinéma. En ce domaine, Science et Vie exprime un goût certain pour la plus kitch des sciences-fictions. Les couvertures mises en scène par Cédric Noël, reproduites en grand format et privées en partie de leurs titres, semblent avoir été produites pour Star Trek. Si elles relèvent d’une esthétique que ne doit rien aux représentations objectives et causales du réel, elles n’en sont pas moins efficaces. C’est ici que les choses deviennent intéressantes. Privées des commentaires les reliant à une réalité qui se rêve plus qu’elle ne se perçoit, ces images ouvrent finalement sur l’ar- rière salle de la modernité : les médiations sociales qui s’opèrent avant qu’un fait n’en devienne vraiment un. Ce qui précède le Big Bang génère par exemple aujourd’hui une infinité de projections subjectives à partir desquelles on fabrique peu à peu sa qualité de fait. Celle-ci sera la conséquence d’une recherche. Non sa cause : le Big Bang a autant besoin d’illustrateurs geek que la fontaine de Duchamp la photographie de Stieglitz... Cédric Noël ouvre donc une brèche, une fenêtre indiscrète sur la modernité et l’usinage incertain de nos représentations, de celles qu’on interroge rarement, voire jamais. C’est idéologiquement salutaire, artistiquement fécond. 
Benoît Dusart 


1 Sur le sujet : Bruno Latour : Politiques de la nature. Comment faire entrer les sciences en démocratie, La découverte, 1999. 2 Sur ce sujet, l’“affaire Brancusi” est tout aussi passionnante. 3 B. Latour & S. Woolgar : La vie de laboratoire. La production des faits scientifiques. La découverte, 1979. 4 T. S. Kuhn, La Structure des révolutions scientifiques, Paris, Flammarion (Champs), 1983. 5 Vaste programme interdisciplinaire réunissant conférences, performances et expositions organisées à Anvers sous le commissariat de Hans Ulrich Obrist et Barbara Vanderlinden. Laboratorium se proposait d’interroger les liens, moins ténus qu’il n’y paraît, entre pratiques scientifiques et artistiques.

Over The Rainbow ENG

Written by Cédric - 18 september 2008


Mixing colours is what Cédric Noël does. Confusion that lets the senses float as well as the mute fabric of a plain grey flag - the grey that soothes from all other colours at the same time as it marks all things with ontological suspicion, giving it the status of what exists and simultaneously doesn't exist; the grey again of which one can never raise the colours, while those of the Belgian flag are today more than ever threatening to dissolve. 

Whatever the meaning that is given to this monochrome - provided that all monochromes have to make sense - despite even its title, Unité (Belgian flag) is a work on the "neutral", as in historical contradiction, the alone-standing gap or interval, constituent of utopia. Neither one or the other, nor the archaic, the modern, Wallonia, Flanders… There is a "nowhere" thus, that is not the negation of somewhere but the Other of everywhere, and that Cédric Noël even represented by the most rebellious taint to all transcendence - neither colour or non-colour, nor white or black, but grey. Grey immanence. 

In that way, Unité stands as a counterpoint to the systematic installation of Claire Fontaine who plays differently with the banner's chromatic symbolism: three copies of the French flag, of which the proportion of colours varies and with it, the importance of the values that are connected to it, reconstitute a national triad by denouncing its transcendence: Identity, Sovereignty, Tradition

Luc Tuymans's monotypes raise a more alive echo to the cold-ashes-coloured fabric than Claire Fontaine's standards. If Unité (Belgian flag) is an invitation to make a detour via Belgium's colonial past - about which Tuymans dedicated a series of paintings Mwana Kitoko, Beautiful White Man - the small monotypes presented here, although they are cut from any obvious political references, still transcribe through their limited chromaticism the grisaille-washed tone so peculiar to Tuymans' work and that gave it a pale aura of sad tropism-feature of a relation to a media-assisted history. 

From the catalogue Over The Rainbow, Le Carré Lille, Galerie de l'Ecole des Beaux Arts de Nantes, September 2008.

Contour 2007 ENG

Written by Cédric - 03 june 2007

An interview with Nav Haq, curator of the third biennial for video art Decoder, Contour 2007.


[Nav Haq] Your work often takes into consideration its relationship with the viewer. It becomes like a form of ‘play’ or a game for people that encounter your work. It really is like piecing together a puzzle. Why does this appeal to you? 

[Cédric Noël] I like the concept of a puzzle. It’s full of connections and it offers a large number of possible images that can be realised and that fit just right. It’s even better, at the end, when small pieces of heaven fall onto to the wheat field! I am very interested in the idea of the potential image, in the imagery that is hidden within an object or a word. I try to conjure these images and to immediately give them an autonomy that goes further than their referents and the impulse that brought them to life. I am talking about the mental image, among others, which is a main concern in my work. In general, the mental image can be defined as the creation or the reproduction of an experience through the brain. If my work looks like a game, it is because of its connection to experience, in the sense of ‘gaining experience with’, especially with mechanisms that have to do with the production and the reception of an image. The spectator is invited to use his imagination. He can either play along or not, that’s his decision; it’s about his responsibility towards the image, which underlines that the reception of an experience is part of its realization.


[NH] On one level your work is about perception. To what extent do you think that the experiential side of encountering your work is intended to offer insight into one’s own perceptual mechanisms? 
[CN] This might sound a bit crazy, but my works are meant for eyes that have seen! In other words, for eyes that remember things. In order to illustrate this, I would like to refer to a technique that is used in theatre: the so-called hypotyposis, which is the evocation of an object or an action on stage, but solely with words. The actor describes a door or a battle and the audience envisions it. It’s like a superimposition, an image layer that covers the stage and what is already on it. It simultaneously evokes an objective vision of the object (in this example, the stage) and an interior, subjective vision (the door or the battle).


[NH] Your new work Ein Reich looks at possible alternative histories to the one we know. How does presenting different ‘fictionalisations’ within one of your works engage with our sense of what we know? 
[CN] I’m only interested in fiction when it causes hesitation, when it puts certainties at risk and destabilizes the whole individual. The reaction can even be physical, like a kind of nausea. The key to it is the hesitation in those places where there is a failure in the memory. Ein Reich triggers the hesitations of the memory and their consequences. We are easily thrown back into the abominable.


[NH] I think triggering ways of ‘imaging’ facts and scenarios is a distinct feature of your work, the fact that you are required to build up mental pictures. Do you believe people encounter this in other ways in their daily lives? 
[CN] In fact, it’s about very banal experiences. Mental representation is a normal brain activity. But it’s also about non-visual representations, about concepts or ideas without images, which are typical of communication in general. Of course there are a lot of media and activities that trigger mental representations: music, theatre, books, role-playing games (where you are obliged to play along), ... even sports. A lot of sports people intuitively use a mental image in order to recreate experiences. Others do it consciously in order to improve their performance. Take for example the dancer who mentally goes through her dance steps before the show. The advertising business also gladly nourishes itself with the research in this field. There are a lot of reports that demonstrate the connection between persuasive communication, the image and the mental image. One of my recent projects, SENSASS, is inspired by a study called ‘The efficiency factors of the development of mental images in advertisement’ (Camille Chamard, 2000). The title says it all. It’s about the different techniques that are used in order to provide the individual with an agreeable virtual experience of a product. It’s a question of mental trials which we are submitted to every day.


From the catalogue Decoder, Contour 2007.

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